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Un jour dans le monde d’El Mozo Wines

23/09/2016 Caves , Entretiens

El Mozo Wines sont Itxaso Compañón, Gorka Mauleon et ses deux fils. Ils ont une histoire de retour aux origines. Les circonstances de la vie les ont obligés à rentrer au village de Lanciego pour conserver l’héritage en forme de vignobles laissé par Félix, le père d’Itxaso. Il s’agissait de neuf hectares de vignes taillés en gobelet et distribuées sur 18 parcelles différentes situées dans des différents endroits des municipalités de Lanciego et Viñaspre et cultivés selon les paramètres de l’agriculture bio. La variété prédominante est le Tempranillo, mais ils ont aussi du Malvasía Riojana, un peu de Grenache et un peu de Viura.
Notre intention était d’interviewer les cavistes et visiter la cave et les vignobles. Le jour à Lanciego était gris et froid : un jour totalement automnal. Nous sommes arrivés à 10 heures de matin au petit bar à côté de l’Église, où nous nous étions donné rendez-vous. On prenait notre petit déjeuner quand Gorka est entré avec un grand sourire, comme toujours. Les données de maturation fournies par le gouvernement de la province de Álava pour les différents endroits de Viñaspre et Lanciego, étaient publiées dans le bar.

Gorka, quand est-ce que vous commencerez le vendange et comment trouvez-vous ce millésime ?
Je crois que nous commencerons le vendange la semaine prochaine et cette année, il me semble que le vendange sera très bonne, puisque on a eu une maturation lente, un très bon était sanitaire des raisins et une bonne acidité.

Allez-y! Je vous montre les vignes.

La climatologie ne nous a pas permis de visiter que deux des vignobles. Les jours précédents il avait plu aussi et les chemins et les vignobles étaient pleins de boue. Nous sommes arrivés au premier vignoble, “Monte de Viñaspre”, qui avait été planté par le grand père de Gorka, Teodoro Mauleón, aux années 40. C’était un vignoble planté en pente et formé par un mix de variétés rouges et blanches: Tempranillo, Grenache, Viura et Malvasía Riojana principalement. Les vignes sont taillées en gobelet avec plusieurs marcottages, une pratique ancestrale utilisée pour remplacer les souches mortes. Nous sommes montés tout au but de la vigne et tandis que nous admirions le vignoble et le paysage, la conversation a continué.

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Comment a été votre retour aux vignobles, étant donné que vous êtes ingénieur informatique et que vous vous êtes mis à gérer neuf hectares de vignes ensemble avec votre femme ?
En 2010/11 on a été obligés de rentrer à Lanciego pour tenir les rênes de la cave. Compañón Arrieta, tel que la cave s’appelait autrefois, élaborait du vin suivant la méthode traditionnelle de macération carbonique qui était vendu en gros. Encore en 2011, toute la vendange a été vendue de cette façon.
En 2012, nous avons mis en bouteille le premier millésime d’Herrigoia, ce qui nous a permis de donner de la valeur ajouté au vin qu’on produit et par conséquent, au vignoble.

Et comment s’est passé ?
Mal. Nous sommes tombés nez à nez avec le marché du vin et le mot Rioja. Nous essayions de vendre notre vin jeune à un prix que nous jugions adéquat, mais beaucoup de monde ne le comprenait pas. Il y a des prix établis dans le marché pour les différents vins de Rioja (jeune, crianza, reserva,…) quel que soit le vignoble d’où ils sont issus. Ce vignoble produit quelques 1000 kg/ha et le moyen pour d’autres vignobles de notre propriété est de 5500 kg/ha, tandis que l’A.O.C permet un maximum de 7500 kg/ha.
Cela a été un point d’inflexion face au millésime suivant. Roberto Olivan nous a conseillé de commencer à élaborer des vins de parcelle pour pouvoir ainsi revaloriser les vignobles. Nous avons ainsi décidé d’élaborer Malaspiedras en 2013, un vin issu des raisins des meilleures micro parcelles, le laissant vieillir pendant 10 mois en barriques de 500 litres.

Et par rapport à votre avis sur l’AOC Rioja… ?
À nous, comme petit producteur, la marque Rioja ne nous aide pas. Le marché a déjà marqué des prix pour Rioja et alors, les grandes caves vendent à un prix inférieur à celui que nous pouvons proposer. Le problème est qu’il ne s’agit pas du même produit et c’est pour cela que nous demandons de commencer à revaloriser les villages et les subzones de production.

Croyez-vous que l’AOC va finalement élaborer la carte des nouvelles classifications de vin ?
Je ne le vois pas facile, mais cela serait le plus adéquat. Ça fait beaucoup d’ans qu’on revendique ce type de classifications, mais il semble que les dirigeants de l’AOC ont du mal à prendre une décision.

Et quelle est la polémique existante entre l’ABRA (Association de Bodegas de Rioja Alavesa) et Rioja?
Une votation a été faite parmi les associés de l’ABRA sur la décision d’abandonner l’AOC Rioja. En ce moment, on attend l’acceptation du Gouvernement Vasque d’un cahier de charges présenté pour constituer une nouvelle AO.

La pluie est devenue plus intense et nous avons décidé de prendre la route pour aller visiter le vignoble suivant. Dans le chemin nous avons pu admirer des belles vignes vieilles, plantées sur des pentes avant d’arriver à notre destination. Entre-temps, étant donné que la météo était au centre de la discussion, on ne pouvait pas éviter la question suivante:

Et que dites-vous sur votre passion pour la météo ?
(Il rigole) Depuis que j’étais petit, j’ai toujours eu une station météorologique et j’ai pris l’habitude de noter toutes les données concernant l’évolution des températures, des pluies, etc… Moi, j’adore prendre note de tout : l’Excel est fondamental dans ma vie. Cela m’a toujours aidé à tenir les comptes de tout ce qui se passe dans la cave.

Nous sommes arrivés au vignoble suivant, celui-ci un peu plus jeune, consacrée à l’élaboration de l’Herrigoia, un vin issu d’une macération carbonique. Les vignes, dont la plus part de la variété Tempranillo et quelques de Viura, étaient taillées en gobelet, cultivées selon les paramètres de l’agriculture bio et avec un rendement de 5500 kg/ha.
Finalement, nous avons visité la cave. C’était la cave typique de la Rioja Alavesa, avec deux grands pressoirs en ciment où les raisins sont fermentés (macération carbonique). Dans la partie inférieure, le vin finit sa fermentation dans des réservoirs en ciment. Il s’agit d’une cave très simple et pas très grande. En ce moment, on la prépare pour l’arrivée des raisins du nouveau millésime. Lorsque nous sommes entrés, la femme de Gorka, Itxaso, travaillait dans l’étiquetage du nouveau millésime de Malaspiedras.

Il vient d’où le nom et les nouveaux vins du Cosmonauta ?
El Cosmonauta est le personnage qui descend du ciel lors de la fête patronale du village de Lanciego. Il y a un personnage caractéristique pour la fête patronale de chacun des villages d’Álava, et ici nous avons un astronaute, qui donne son nom aux deux nouveaux vins que nous avons élaboré.
El Cosmonauta en el Barranco del Agua, un Malvasía Riojana (90%) avec Viura (10%) et El Cosmonauta en el Viaje del Tiempo, issu du premier des vignobles que nous avons visités. De ce dernier nous avons produit seulement 212 bouteilles magnum, élaborées comme s’il s’agissait d’un vin clairet et sans l’intervention d’aucun produit œnologique. Elles sont déjà épuisées.

Quel est le vin que vous aimez le plus de votre cave ?
L’Herrigoia est notre préféré. Aucun n’aurait pensé que ce vin, élaboré par Félix, serait tellement bien positionné et vendu dans des endroits qu’il n’aurait jamais imaginés. C’est pour nous une source de fierté et de satisfaction.

Et quel est votre avis sur la mode des macérations carboniques aux arômes de banane ?
Lorsque nous avons produit notre premier Herrigoia, nous avons fait face à ce problème : les gens associaient ce type de vins à des arômes de fruits très prononcés comme la banane, la poire, etc. mais notre Herrigoia ne les avait pas. Ce type d’arômes n’est pas typique de la macération carbonique, mais des levures qui étaient commercialisées à l’époque. Cependant, actuellement le concept a changé par rapport à ce type de vins.

Quels sont les vins de la zone que vous aimez bien ?
Cela coïncide avec les vins élaborés par des gens qui donnent de l’importance au vignoble, avec un respect maximale de l’entourage et du paysage, comme dans le cas d’Abel Mendoza, Roberto Olivan (Tentenublo Wines), Oxer Batesgieta, Vinos Subterráneos, etc.

Comment voyez-vous l’avenir de la zone ?
Ne croyez pas que je le vois très prometteur. Il est vrai qu’il existe un mouvement de viticulteurs qui défendent le paysage et les vieilles vignes, mais nous avons un problème aussi avec le confort et la production. Il y en a qui arrachent les vieux vignobles pour planter un clone très productif en espalier et qui se contentent de vendre leurs raisins aux grandes caves et coopératives. C’est un problème qui va répercuter non pas seulement sur les producteurs actuels, mais aussi sur les générations futures.
En tout cas, en ce qui nous concerne, nous sommes de plus en plus contents. On commence à voir des résultats si on compare avec notre premier millésime de 2012. Il existe un segment du marché croissant qui s’intéresse à savoir d’où vient le vin.

Et pour finir… Allez-vous continuer à parcourir quelques des petites foires de villages expliquant vos vins ?
Bien sûr que oui ! C’est quelque chose que nous allons continuer à faire. Si nous voulons rapprocher nos vins des gens, nous ne pouvons pas nous y éloigner.

Finalement, nous sommes montés au txoko (bar) de la cave pour déguster les vins et profiter du samedi. Merci beaucoup, Itxaso et Gorka, de votre hospitalité. C’était un plaisir!

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