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Decántalo
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À la découverte de Álvaro Palacios

23/03/2021 Entretiens

Álvaro Palacios triomphe dans tout ce qu’il entreprend. L’œnologue de La Rioja est un véritable roi Midas. Il a réussi à exploiter tout le potentiel de régions viticoles oubliées, comme le Priorat ou El Bierzo, pour en faire des zones de production convoitées.

Il ne manque de savoir-faire, ni d’intuition. Le créateur de L'Ermita, l'un des vins les plus recherchés de la planète, séduit que ce soit dans le vignoble et lors de ses conversations et transmet toute sa passion à chacun des vins sans autre prétention que de le faire parfaitement bien. Il est l'homme capable d'embouteiller l'émotion et le bonheur.  
 
- Le vin fait sans aucun doute partie de votre ADN. Pouvez-vous imaginer vivre sans lui ? Par quoi le remplaceriez-vous, si tel était le cas?

C'est irremplaçable, bien sûr. Comme cela a été le cas pour 100 générations d'Européens depuis plus de 2 500 ans.

- Les gens qui ont eu le privilège de vous écouter savent que vous parlez toujours de votre métier et de votre passion avec beaucoup de simplicité. Comment vous définiriez-vous?  

Comme beaucoup d'entre vous le savent, je me considère comme un humble agriculteur. En tant que tel, j'ai appris durant toute ma vie. Et j'apprends encore à récupérer une tradition, sur un chemin entre des vignobles qui ne se termine jamais, et qui doit continuer ainsi à l’avenir.

- Qu'est-ce qui vous a poussé à quitter La Rioja et à miser si aveuglément sur le Priorat?

Je n'appartiens qu'à une circonstance historique du vin espagnol et, en même temps, je suis issu d'une formation internationale qui m'a amené à voir notre réalité de l'extérieur. Dans ma jeunesse, j'ai ressenti l'appel, la grande tentation, venant d'autres régions au-delà de ma région d’origine, et j'ai commencé une recherche marquée par ce regard de l'extérieur.
Quand j'ai commencé à chercher d'autres régions, René Barbier, un ami proche de ma famille, m'a invité à visiter le Priorat. C'était un coup du destin.
 
- Qu'est-ce qui demande plus de travail, produire de bons vins ou les vendre?

Produire de bons vins peut parfois être un vrai mystère. Un grand vin est le fruit d'un lieu privilégié. Il faut apprendre à écouter la vigne, ce qui nécessite une série de conditions humaines importantes: respect, humilité pour apprendre, passion. Il faut aussi mettre en pratique ses connaissances: savoir ce qu'est un grand vin. Et pour cela il faut goûter, boire et habiter l'atmosphère des grands vins du monde.


Pour vendre il faut beaucoup travailler, le jour, la nuit, le samedi et le dimanche... C'est une vocation : il faut consacrer des heures à votre passion. Pour vendre, il faut savoir expliquer la grandeur du lieu, de son vin et de son pays.

- Avec votre neveu Ricardo Pérez, vous avez également démarré un projet à El Bierzo, avec tout autant de satisfaction. Qu'est-ce qui vous a amené à croire en cette région?

La trace historique d'une profonde tradition viticole, le paysage, la fascination pour le défi de ces pentes difficiles, la présence culturelle du Camino de Santiago, les dons de la nature... Tout cela a créé un grand magnétisme préalable, mais l'essentiel était l'enthousiasme et la passion de Ricardo lorsqu'il a proposé d'y produire du vin. Ensuite, l'idylle que nous avons avec la région a confirmé le succès de l'élaboration des vins à Bierzo, dont l'attrait est aussi irrésistible que celui que je ressens pour le Priorat.


- La Faraona, un vin de Bierzo qui a atteint 100 points Parker, et qui selon vos propres mots «caresse depuis l'intérieur». Intuition, magie, émotion? Qu'est-ce qui a attiré votre attention sur cette merveilleuse petite parcelle et pourquoi avez-vous choisi ce nom pour votre vin?  

Nous avons eu un «coup de cœur». L'Ermita, Quiñón de Valmira et La Faraona sont semblables à l'amour. Reconnaitre, avec un mélange d'intuition et d'émotion, que «c'est» le lieu. Difficile à expliquer, non?
En ce qui concerne le nom, nous avons dit à plusieurs reprises qu'il venait de l’adjectif qualifiant la cuve du meilleur vin nouveau dans la Rioja Oriental. Mais j'aime également proclamer que c'est un nom qui symbolise le meilleur: un vin pour les déesses, les sultans, les impératrices et les pharaons.

- Priorat d'abord, puis le Bierzo avant un retour aux origines dans la Rioja, mais toujours en Espagne. Vous avez déjà fait savoir que vous aimeriez élaborer du vin à Jerez. Y a t-il du nouveau à ce niveau-là? Ou est-ce que l'intuition pointe maintenant vers un autre domaine qui vous a captivé?

Chaque semaine, je pense à produire du vin dans une région différente d'Espagne. J'adorerais, et je me sens engagé à promouvoir tous les patrimoines que nous avons et les vins à la hauteur des vins les plus importants du Vieux Monde. Mais les grands vins exigent beaucoup, il faut ressentir le rythme du vignoble à tout moment. Le lancement d’un projet à Jerez est un rêve, le but de ma vie.

- À l'époque, il a dû être très difficile de quitter la cave familiale de la Rioja pour se lancer dans une aventure dans le Priorat alors que personne ne croyait en ce projet. Un moment de sentiments mitigés face à la famille, surtout, et vos inquiétudes, d’autre part. En quoi tout ce que votre père a transmis et tout ce que vous avez appris dans la cave familiale de la Rioja vous a-t-il influencé?  

Mon père, José Palacios, a été mon grand mentor dans de nombreux domaines, tels que la gestion d'entreprise, la pure obsession pour la qualité et le côté sérieux des affaires. À Alfaro, dans la Rioja Oriental, j'ai senti et compris le vrai mystère du vin. Depuis que je suis enfant, je joue avec mes frères dans l'obscurité froide et humide de la cave, puis j’ai commencé à y travailler. Et toujours à l'écoute des belles descriptions populaires du vin, des dictons et des aphorismes, des expressions éternelles... Avec mon père et plus tard avec ma sœur Chelo, j'ai appris l'importance du travail et des personnes. Ce que représente la tradition et l'héritage familial.

- Vous étiez très jeune lorsque vous vous êtes rendu dans le Priorat avec plus d’argument à l’encontre de ce projet qu’en sa faveur. Vous nous avez expliqué vos sentiments et vos apprentissages à partir de ce moment, en tant que fils de vignerons qui quitte la maison pour réaliser son propre rêve. Qu'est-ce que cela a signifié pour vous, en tant que père, de pouvoir partager avec votre fille Lola sa première récolte du vin «Quiñón de Valmira» dans la Rioja?

Si mon père nous a inculqué sa passion pour le vignoble de La Montesa, qui était son rêve devenu réalité, vous pouvez imaginer ce que cela signifie pour moi de travailler la vigne et le vin Quiñón de Valmira avec ma fille Lola...
 
- Vous avez une vraie passion et admiration pour les vins du vieux monde. Quelle est la différence, selon vous, entre ceux-ci et les élaborations du nouveau monde?

L'exclusivité d'avoir la pièce originale. Où l’on retrouve toutes les essences de toutes les origines. Il est impératif de comprendre que les variétés ont été développées dans des milieux naturels historiques. L'affinité des plantes avec ces lieux anciens, accompagnée de culture, d'histoire et de spiritualité, est un privilège unique. C'est ce qui permet d'expliquer l'état le plus mystique des grands vins, leur magie et leur émotion transcendantale.

- Et les vôtres, vos grands vins, comment sont-ils? Quel goût ont-ils?  

Chaque jour, je m'efforce de leur transmettre la nature de leur lieu d'origine. Avec le cépage, avec beaucoup de vie, comme un air propre et pur.

-Pensez-vous que nous savons comment «communiquer» le vin? De votre point de vue de producteur et de consommateur de vins, que proposez-vous pour pouvoir rapprocher la culture du vin des gens?

Expliquer dans les écoles ce que le vin représente dans notre civilisation. Si le vin a même été Dieu ! Le problème est qu'à présent, nous sommes les divinités et que nous ne savons même pas ce que nous voulons.

Expliquez aux autres la place du vin dans nos relations sociales, dans l'histoire de nos sociétés et dans notre vie quotidienne. Expliquez-leur véritablement notre histoire passionnante, expliquez-leur le phylloxéra!
 
-Nous savons que vous êtes un grand amateur de flamenco, un genre intense et plein de sensations. Est-il possible de comparer les caractéristiques du flamenco et de la vinification?

Il y a un lien clair, du moins pour moi parce que je l'ai vécu: la passion. Et la passion aiguise la sensibilité et l'inspiration.
 
- Enfin, pouvez-vous nous dire quel est le dernier vin que vous avez goûté et dont vous êtes tombé amoureux?

Il y a tellement de grands vins que je déguste et que j'aime... Concernant le vin (et c'est la bonne chose à ce sujet), nous sommes polygames et polyamoureux.

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